Philippe Palazzi (Groupe Casino) : « Les frontières entre commerce, restauration et hôtellerie s’effacent »
Invité de Food Hotel Tech 2026, Philippe Palazzi, Directeur Général du Groupe Casino et Président de Monoprix et Naturalia, a partagé sa vision d’un marché en pleine transformation. Pour lui, la restauration, l’hôtellerie et le commerce de proximité ne sont plus des univers distincts mais les composantes d’un même écosystème au service d’un consommateur devenu plus mobile, plus exigeant et plus imprévisible.
Une évolution qui redessine profondément les modèles économiques et ouvre de nouvelles opportunités de collaboration entre les acteurs du CHR et du retail.
Le consommateur ne voit plus les frontières
Pendant longtemps, les rôles étaient clairement définis. Le restaurant servait les repas, l’hôtel accueillait les voyageurs et l’épicerie répondait aux besoins du quotidien.
Cette logique appartient désormais au passé.
Selon Philippe Palazzi, le consommateur navigue aujourd’hui naturellement entre plusieurs solutions pour se restaurer : restaurant, boulangerie, commerce de proximité, livraison ou restauration à emporter. Son objectif n’est plus de choisir un canal, mais simplement de trouver la réponse la plus adaptée à son besoin du moment.
Les frontières s’estompent entre tous nos métiers , souligne-t-il.
Cette évolution est particulièrement visible dans les centres-villes, où restauration, snacking, services et commerce de proximité coexistent désormais dans un même parcours client.
L’essor d’une consommation plus fragmentée
Les habitudes alimentaires ont profondément changé.
Les repas sont moins planifiés, les horaires plus flexibles et les décisions souvent prises à la dernière minute. Le télétravail, les nouvelles organisations familiales et les rythmes de vie urbains ont accéléré cette transformation.
Le consommateur recherche désormais une alimentation qui soit à la fois rapide, qualitative, saine et accessible à tout moment de la journée.
Cette mutation bénéficie directement aux commerces de proximité, qui voient leur rôle évoluer. Historiquement conçus comme des commerces de dépannage, ils deviennent progressivement des acteurs de la restauration du quotidien.
Les consommateurs sont devenus hybrides, résume Philippe Palazzi.
Le commerce de proximité devient un acteur de l’hospitalité
Cette transformation concerne également le tourisme.
Dans certaines zones parisiennes, près de la moitié du chiffre d’affaires réalisé par certaines enseignes du Groupe Casino est effectuée avec des cartes bancaires étrangères.
Pour répondre à ces nouveaux usages, les magasins développent des services qui dépassent largement leur fonction traditionnelle : restauration prête à consommer, gardiennage de bagages, remise de clés pour les locations courte durée ou encore amplitudes horaires étendues.
Pendant les Jeux Olympiques de Paris, les enseignes du groupe ont ainsi assuré la garde de plus de 15 000 bagages.
Pour Philippe Palazzi, ces services font désormais du commerce de proximité un partenaire naturel de l’hôtellerie.
Une épicerie ouverte 7 jours sur 7 à côté d’un hôtel constitue un véritable avantage compétitif pour l’établissement.
La restauration à emporter devient un pilier stratégique
Face à l’évolution des comportements, le Groupe Casino accélère son développement dans la restauration à emporter.
Monoprix déploie notamment son concept « La Cantine », qui propose une offre de restauration rapide premium avec barista et recettes développées en collaboration avec des chefs.
Franprix poursuit quant à lui le développement de son concept « Oxygène », combinant restauration froide, snacking chaud et solutions repas prêtes à consommer.
Naturalia investit également ce marché avec une offre de snacking bio adaptée aux nouvelles attentes des consommateurs.
L’ambition affichée est particulièrement forte : Philippe Palazzi estime que d’ici dix ans, la restauration à emporter pourrait représenter 50 % du chiffre d’affaires des magasins du groupe.
Une projection qui illustre l’ampleur de la transformation actuellement à l’œuvre dans le commerce alimentaire.
Vers un écosystème alimentaire plus collaboratif
Au-delà des nouveaux concepts, Philippe Palazzi défend une conviction forte : les acteurs du retail et du CHR partagent désormais les mêmes enjeux.
Qualité des produits, traçabilité, durabilité, expérience client, rapidité de service ou encore innovation technologique : les problématiques convergent de plus en plus.
Selon lui, l’enjeu n’est plus de savoir quel acteur captera la croissance du marché, mais comment chacun pourra contribuer à répondre à des usages toujours plus complexes et fragmentés.
Nourrir les Français est devenu une mission collective.
Cette vision d’un écosystème plus ouvert, où commerces, restaurateurs, hôteliers et acteurs du snacking travaillent de manière complémentaire, constitue sans doute l’un des grands enseignements de cette intervention.
À mesure que les modes de consommation évoluent, les modèles traditionnels s’effacent pour laisser place à une nouvelle forme d’hospitalité, plus hybride, plus flexible et davantage centrée sur les besoins réels des consommateurs.